Une épopée mythologique moderne.

Le dieu vagabond, un satyre déchu échoué sur Terre, tente de rejoindre les siens et de retrouver sa place dans son paradis perdu.
Fabrizio Dori nous entraîne dans une originale et surprenante balade en compagnie des dieux, dans une fable aux multiples rebondissements qui nous en met plein les yeux.

Eustis, compagnon de Pan et de Dionysos, a été exclu du domaine des dieux pour avoir convoité une nymphe d’Artémis. Depuis, il erre parmi les Hommes, tâchant de retrouver dans l’ivresse son bonheur passé. Il vit comme un SDF et campe dans un champ de tournesols. Contre une bouteille de vin ou un peu de cannabis, il donne des conseils de vie ou fait des prophéties. L’occasion de se racheter et de retrouver son monde s’offre à lui. Accompagné d’un vieil érudit et d’un fantôme, il se lance dans une quête de réhabilitation.

Avec un ton tantôt facétieux, tantôt onirique, Fabrizio Dori brosse un périple imprévisible drôle et enlevé, truffé de sens et de leçons de vie. Les va-et-vient entre les récits mythiques et le quotidien terrestre se font naturellement. On se laisse facilement embarquer dans cette quête peuplée de personnages incongrus et malicieux. On s’attache à Eustis déçu par notre monde dépourvu de magie et fort nostalgique de son ancienne vie épicurienne, de ses fêtes et de ses plaisirs.

Fabrizio Dori invoque Otto Dix, Vincent Van Gogh, le Pop Art, et bien d’autres, pour adapter son dessin aux différentes aventures et c’est toujours en symbiose totale avec le récit. Le dessin, vintage et doux, aux décors très soignés, est sublime. C’est une véritable explosion de couleurs chatoyantes.

Une bande dessinée étonnante, au graphisme séduisant, et un bel hommage à la mythologie qui nous invite à regarder notre monde d’un autre œil.

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Un savant mélange de polar et d’uchronie.
Le dernier Atlas raconte la folle aventure d'un truand nantais ayant pour mission de trouver des matériaux radioactifs.
Fabien Vehlmann et Gwen de Bonneval, au scénario, Hervé Tanquerelle, au dessin, signent le premier épisode d'un étonnant, palpitant et prometteur triptyque, sur fond de guerre d’Algérie et de catastrophe environnementale.

Ismaël, lieutenant d'un gang criminel de la région nantaise, relève les compteurs dans les bars. Son patron lui demande de récupérer, pour des maliens, des éléments pour faire une bombe. Impossible de refuser. Il propose de remettre en état un des robots Atlas, afin d’en récupérer ses composants radioactifs. Ces robots français géants, conçus pour aider à reconstruire le pays après la Seconde Guerre mondiale, avaient été démantelés, sauf un, suite à un grave accident durant la guerre d'Algérie. Au même moment, une ex-reporter de guerre assiste à un phénomène écologique et sismique étrange et menaçant. Ismaël pense que le dernier Atlas pourrait bien être le seul moyen pour lutter contre cette terrible menace.

Commençant comme un polar classique et un récit d’action, l’intrigue glisse rapidement vers la science-fiction et l’uchronie. On passe d’un genre à un autre d’une manière fluide et naturelle. On est immédiatement plongé au cœur de cette aventure aux nombreuses pistes ouvertes. Avec la guerre d’Algérie et ses conséquences, le dérèglement climatique et écologique en toile de fond, cette histoire qui se veut grand public, se dévore avec un plaisir croissant. Les personnages sont solidement campés, et on s'attache rapidement à Ismaël, un anti-héros à la cinquantaine passée.

Aidé par Fred Blanchard pour le design des robots et par les couleurs judicieuses de Laurence Croix, Tanquerelle adopte un dessin plus réaliste qu’à l’accoutumée et un trait nerveux qui donne un rythme enlevé. Sa galerie de personnages est aussi pour beaucoup dans la réussite de cet album.

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« Nous sommes les fils du vent et le monde est notre maison »

La vie des Roms, de tous temps considérés comme des voleurs, n’est pas facile. Mais lorsque Le fils de l’Ursari, un gamin Rom, découvre "lézéchek", sa vie bascule…
Une magnifique histoire pleine de drames et de joies, d’espoirs et de trahisons, adaptée avec beaucoup de finesse par Cyrille Pomès du roman éponyme de Xavier-Laurent Petit. Entre conte moderne et réalité, ce récit d’apprentissage sur l’acceptation, la solidarité et la tolérance est sublimé par les couleurs d'Isabelle Merlet.

La famille de Ciprian, des Roms de la lignée des Ursari, dompteurs d’ours d’Europe de l’Est, va de village en village pour glaner quelques sous avec leur numéro de montreur d’ours. Quand leur voiture rend l’âme, ils acceptent la proposition de passeurs qui leur promettent monts et merveilles en France. À l’arrivée, la réalité s’avère brutale. Ils se retrouvent dans un bidonville de la région parisienne, dans une cabane de bric et de broc. Faucher de la ferraille, mendier, voler les gens dans le métro…, toute la famille est mise à contribution pour rembourser la dette des passeurs qui ne cesse d’augmenter. Errant dans le jardin du Luxembourg, Ciprian se découvre alors une passion qui va changer sa vie : les échecs.

L’histoire qui s’adresse aussi bien aux jeunes à partir de 10 ans qu' aux adultes, est pleine de rebondissements et d’émotions. Ciprian, timide et débrouillard, gentil et curieux, apporte une lueur d’espoir dans cette vie de misère.

Le récit aborde des thèmes d’une actualité poignante, le déracinement, l’immigration, le racisme, le travail des enfants, la précarité, l’identité, l’illettrisme, la lutte contre les préjugés.

Cyrille Pomès développe une intrigue riche et émouvante, toujours juste, et nous propose des planches magnifiques et très expressives. Son trait stylisé, anguleux, plein de dynamisme et tout en mouvement, est superbement servi par les couleurs toujours justes d’Isabelle Merlet.

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Une délicieuse vieille dame indigne.

Un nouveau portrait de femme, une septuagénaire londonienne ancienne marchande d’art acariâtre, misanthrope et passablement escroc, mêlée malgré elle à une sordide affaire de meurtre.
Dans la veine des exquis Tamara Drew et Gemma Bovary, l'auteure britannique Posy Simmonds s’inspire très librement d’un conte de Noël de Charles Dickens, pour épingler, dans son nouveau roman graphique, Cassandra Darke, les fractures de la société britannique. On déguste avec plaisir cette satire sociale déguisée en polar, à l'humour acidulé so british.

Vieille fille dans l’âme sans scrupules, plus attachée à son chien qu'à quiconque et d’une mauvaise foi consternante, Cassandra jouit d’une belle maison dans les quartiers chics de Chelsea et d’une fortune confortable, grâce à ses arrangements avec la loi. Arrangements qu’elle a accumulés dans la galerie d’art de son ex-mari qui a épousé sa sœur, une femme bienveillante jusqu’à l’écœurement. Mise en cause par la veuve d'un sculpteur dont elle a édité et vendu des copies non autorisées des œuvres, elle est rattrapée par la justice, échappe à la prison ferme, mais pas à une lourde amende. Elle perd toute crédibilité, se retrouve mise au ban de la high society, et va peu à peu se couper du monde jusqu’à l’arrivée de sa jeune nièce Nicki qu’elle remise dans le sous-sol de sa maison.

Posy Simonds dépeint avec beaucoup de finesse, de tendresse même, son héroïne. Malgré un trait dur et acerbe, mais jamais méchant, elle parvient à la rendre délicieusement sympathique. Associant les techniques du roman à celles de la bande dessinée, elle tricote une intrigue bien ficelée portée par son dessin inimitable plein de justesse et par son humour mordant. Elle en profite pour réaliser une peinture acerbe de la société anglaise, égratignant le milieu d’art contemporain, les galeristes, les collectionneurs et les travers des gens en général.

Une chronique sociale très plaisante et un personnage inoubliable que vous allez adorer détester !

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